Historique

moulins souterrains
Les moulins vers 1800, gravure de Charles Girardet

Au XVIIe siècle, la partie ouest de la vallée du Locle, entre le village et le Col-des-Roches, est envahie par un vaste marécage. Le cours d’eau qui la traverse, le Bied, y coule lentement et paresseusement. A l’évidence, l’endroit ne se prête pas à l’installation d’un moulin. C’est pourquoi, en 1652, Daniel Renaud, Isaac Vuagneux et Bathalzard Calame demandent la permission d’utiliser la dernière portion du cours du Bied, là où toutes ses eaux rassemblées s’engouffrent dans l’emposieu du Col-des-Roches, formant une chute de plusieurs mètres. Le Conseil d’Etat ayant donné son accord, les trois meuniers se mettent à l’ouvrage, aménagent l’emposieu et y installent deux rouages actionnant un moulin et une rebatte.

Mais un quatrième personnage a compris les avantages de l’emposieu : Jonas Sandoz, receveur des Montagnes neuchâteloises. Membre d’une famille puissante et fortunée, Jonas Sandoz possède par héritage une concession sur le Bied, entre le Châtelard et les Portes du Locle, c’est-à-dire en amont de celle de Vuagneux, Renaud et Calame. En 1660, Jonas Sandoz informe le Conseil d’Etat de sa volonté d’installer au Locle de nouveaux moulins, pour le plus grand bien de la population. Pas sur sa propre concession, non, mais en aval, dans l’emposieu, c’est-à-dire sur la concession de Vuagneux, Renaud et Calame. Persuasif, fort de l’influence de sa famille, Sandoz obtient gain de cause. En 1660, le Conseil d’Etat lui accorde la concession sur tout le cours du Bied, de la sortie du Locle au Col-des-Roches. Ses prédécesseurs n’ont plus qu’à plier bagages, munis tout de même d’un dédommagement financier.

Jonas Sandoz ne se contente pas des deux rouages déjà établis. Il fait creuser la grotte, afin d’y installer cinq roues hydrauliques, qui actionneront moulins, scierie, rebatte et huilière. Des canaux souterrains conduisent l’eau de rouages en rouages, tandis que des galeries et des escaliers permettent l’entretien de la machinerie. C’est une véritable usine souterraine, que Sandoz ruiné devra vendre en 1690, peu avant de mourir.

Le XVIIIe siècle voit se succéder aux moulins du Col-des-Roches une demi-douzaine de propriétaires, dont l’activité principale sera de simplifier le mécanisme hydraulique. De cinq rouages, on passe à quatre dans les premières décennies du siècle. A partir des années 1780, les voyageurs qui visitent les moulins recensent unanimement trois rouages et trois moulins. Trois rouages sont certainement d’un entretien plus simple et moins onéreux que cinq. D’autre part, on assiste dans la Principauté à une diminution des moulins à céréales au cours du XVIIIe siècle, due aux importations – interdites mais tolérées - de farine.

Les perfectionnements de l’ère industrielle parviennent aux moulins grâce à l’ingéniosité de Jean-Georges Eberlé, boulanger loclois, originaire du Wurtemberg. Propriétaire du site dès 1844, il construit un vaste bâtiment comprenant moulins, nettoyage à blé, bluterie et monte-sacs. Dix ans plus tard, il remplace une des roues hydrauliques par une turbine. Quant à la dernière roue, elle actionne, par le biais d’un arbre de transmission de cinquante mètres, une scierie transférée au niveau du sol.

En 1884, la Municipalité du Locle achète les moulins aux héritiers d’Eberlé. Elle convoite surtout la concession sur le cours d’eau, qui lui permettra de le modifier pour assainir la vallée. En 1898, les moulins sont transformés en abattoir-frontière. Instaurés par le Département fédéral de l’agriculture, ces établissements remplissent essentiellement un rôle de contrôle sanitaire des bestiaux importés. Au début du XXe siècle, l’abattoir-frontière du Col-des-Roches s’agrandit, se dotant de nouveaux bâtiments et d’installations dernier cri. Malheureusement, l’abattoir se sert de la grotte comme d’un dépotoir pour les déchets carnés et les eaux usées. A sa fermeture, en 1966, l’emposieu du Col-des-Roches est gravement pollué.

En 1973, un groupe d’amateurs d’histoire et de spéléologie entreprend le nettoyage de la grotte et la restauration partielle des moulins. Après quinze ans de labeur courageux et bénévole, la Confrérie des Meuniers du Col-des-Roches peut rendre au public les Moulins souterrains du Col-des-Roches. Le site suscite immédiatement l'intérêt du public et parvient à une moyenne annuelle de 30'000 visiteurs. Diverses améliorations lui sont apportées au cours des années, telle l'ouverture d'une exposition permanente en 2001, puis la création d'un espace pour les expositions temporaires.